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2018

Armoires du temps

2018

Armoires du Temps
Poésie Flamme allumée dans la neige
Le temps est un milieu indéfini où paraît se dérouler irréversiblement les existences dans leur changement. À vrai dire, on ne sait pas bien pourquoi ni comment, mais les choses changent ou plutôt elles n’existent plus, puisque tout ce qui est présent s’évanouit dans le passé. On dit aussi que les choses « passent », comme si elles ne faisaient que se déplacer dans l’espace. On dit « le passé », comme s’il existait encore, quelque part, d’où, peut-être, les fantasmes de machines à remonter le temps qui nous laissent imaginer que le passé est encore présent, dans un « lieu » particulier. Mais comme le remarque saint Augustin dans ses Confessions, « le présent seul existe ». Quant au passé et au futur, ils n’existent pas, sinon « dans notre esprit » : le passé n’est rien que le souvenir de ce qui n’existe plus et le futur, notre attente de ce qui n’existe pas encore.
Armoires du temps

Le temps a massivement détruit les traces de la préhistoire de l’espèce humaine. Ainsi, ne nous reste-t-il comme témoignages de cette époque que quelques dessins rupestres dans des grottes, quelques statuettes, squelettes et restes de rites mortuaires. Le temps n’abolit pas le souvenir des actions des hommes, mais efface l’Histoire malgré leurs efforts pour la conserver.

« Avec le temps, va, tout s’en va », regrette le poète et chanteur Léo Ferré, remarquant que cet écoulement irréversible fait disparaître les visages, les modèles, des espèces.

Le temps est un milieu indéfini où paraissent se dérouler irréversiblement les existences dans leur changement. À vrai dire, on ne sait pas bien pourquoi ni comment, mais les choses changent ou plutôt elles n’existent plus, puisque tout ce qui est présent s’évanouit dans le passé. On dit aussi que les choses « passent », comme si elles ne faisaient que se déplacer dans l’espace. On dit « le passé », comme s’il existait encore, quelque part, d’où, peut-être, les fantasmes de machines à remonter le temps qui nous laissent imaginer que le passé est encore présent, dans un « lieu » particulier. Mais comme le remarque saint Augustin dans ses Confessions, « le présent seul existe ». Quant au passé et au futur, ils n’existent pas, sinon « dans notre esprit » : le passé n’est rien que le souvenir de ce qui n’existe plus et le futur, notre attente de ce qui n’existe pas encore.

Insaisissable, le temps est aussi irréversible. Le passé ne peut être ni défait ni refait. Le temps est par essence mouvement et tout ce qui est soumis au temps change. Cet écoulement du temps est vécu comme une dégradation. « Tout s’écoule », dit le penseur présocratique Héraclite, c’est pourquoi « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». L’univers est soumis au devenir.

Aristote et Platon lient tous les deux le temps au mouvement cosmique universel, dans un certain rapport cosmologique. Le temps, ce qui se transforme et se diversifie, le passage d’un état à un autre sans condition et en permanence.

L'unité qui demande à être fondée et préservée à travers la « temporalisation » de ces trois dimensions que sont le passé, le présent et l’avenir, c'est l'unité de quelque chose qui n'est en aucune manière un « étant » (un existant ou un objet) comme l'avait déjà établi Aristote, mais ce n'est pas non plus un simple sentiment ou une illusion.

Grégoire Ferland

ARMOIRES DU TEMPS

Les questions que pose l’Art exigent un regard critique affiné sur les vérités de son temps. Y répondre est une entreprise incertaine et risquée, mais féconde et libératrice. Avec sa plus récente œuvre, ARMOIRES DU TEMPS, Grégoire Ferland pose un regard systémique sur l’esprit de différentes époques.
L’œuvre se compose de trois espaces qui évoquent des modes de civilisation singuliers et souvent contradictoires, mais complémentaires. À la fois récit et analyse, ARMOIRES DU TEMPS s’appréhende de façon chronologique ou désorganisée – comme un temps de l’humanité ou comme une série d’épistémès à méditer.
Le premier espace est vaste, libre et indéfini. Les formes qui s’y trouvent sont à la fois animales, végétales et moléculaires. Elles se refusent à la nomenclature et au classement, évoquant la grandeur d’une Nature indomptée, inclassable et rebelle. Cet espace et ses créatures polymorphes construisent un interstice ou la trace de l’Humain est encore indicible. Les sculptures déjà monumentales semblent marquées par un mouvement de croissance infini. C’est ainsi que débute l’Histoire de l’Humain : caractérisée par la frénésie de l’émerveillement, la crainte de l’insaisissable et l’incertitude du mouvement sauvage infini. C’est l’époque du préhistorique.
Le deuxième espace est contenu, stable et ordonné. La matière brute et informe de la première salle s’y retrouve domptée par des techniques et des savoirs habiles pour constituer les visages des hommes qui s’édifient. Ces visages regardent vers l’Inconnu, à la recherche de connaissances universelles et de vérités uniques. C’est l’ère moderne, l’ère de l’Homme qui progresse et qui connaît. La raison promet de porter la condition humaine vers l’auto gouvernance. Or, lorsque la raison se voit accorder la légitimité de dominer, elle domine jusqu’à la Nature et l’Humain lui-même. L’être qui souhaite s’autodéterminer est réduit à l’objet de sa création. Puisque contrôlé, son espace est contraint. Puisqu’assujettie à la connaissance, son identité est figée. L’humain se connaît, mais ne se crée plus.
Le troisième espace est clos, mais chaotique et fluide par les miroirs sur le plancher qui nous renvoie une image de l'infinie profondeur. Les ficelles du contrôle sont projetées dans l’espace en un réseau complexe de connections et d’interconnections qui symbolisent le paradigme d’une société mondialisée, rapide et en constante mouvance. Les points de vue sont relatifs et multipliés. Le présent est spéculatif et éphémère. Devant le miroir, chaque nouveau pas offre une nouvelle réalité. Les rythmes de vie individuels et collectifs sont accélérés et virtualisés. L’identité humaine se saisit par la réflexion de son image. Paraître plutôt que connaître. Le regard de l’Homme ne cesse de se poser sur lui-même, puisque ce qui l’entoure est d’une rapidité et d’une complexité vertigineuse. Individualisme et société du spectacle.

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