2010
Ici, Ailleurs, ou Jamais

L'origine même de l'univers est un mouvement initial explosif. Il est le Big Bang jusqu'à ce qu'une meilleure théorie le réinvente! C'est donc en toutes choses que le mouvement se manifeste de manière inévitable, inexorable, constitutive. Quel que soit l'angle, le mouvement est immanent. Il se caractérise en lui-même, inséparable de ce sur quoi il exerce son action. Il fait partie de toute constitution interne sans cause extérieure et/ou supérieure. Il est permanent car son existence s'étend dans la durée. Il s'ouvre sur la quatrième dimension en accélérant le temps et en sculptant l'espace.
L'éternité naît avec la vision d'un continuum projeté sans fin vers un attracteur encore indéfini. À l'avènement de la conscience, la perception du mouvement jaillit. C'est probablement la naissance du réflexe naturel qui anime l'être. Car, il ne peut s'en empêcher. Il doit se mouvoir. La proprioception est primaire, et sensorielle. Les corps sont en mouvement. La danse cosmique est la matrice de l'être qui se meut. Il est emporté dans le vortex du multivers. Tout tourne dans le vide sidéral. Le vertige ne s'arrête que dans l'action kinesthésique concertée. Il faut faire avec le mouvement ! Il est un élément premier. Il prévaut. Sa primauté règne sur toutes les règles, il est prémisse. N'en pas tenir compte c'est décrire le néant, l'absurdité.
Le témoignage de l’existence vient à la fois de l'extérieur et de l'intérieur. Tel le cosmos emballé par la pulsion initiale, le créateur d'objet se laisse emporter par la mouvance. Ce n'est pas lui qui enclenche mais l'inverse. Mû par un réflexe instinctif, le geste d'art amorce une lutte avec les forces qui le contraignent et le poussent à la fois. L'entropie est sous les ordres du mouvement sempiternel qui immanquablement l'organise où le désordonne.
Ainsi en est-il du manifeste artistique durant l'action créative. Le geste est propulsé par l'attraction irrésistible de ce qui est en train de se produire contenue par la résilience des formes qui résistent aux impressions forcées dans la matière. L'artiste devient le pantin du mouvement primordial. Il est le témoin du jeu cosmogonique. Il n'a pas d'inspiration, il respire: allée et venue, flux et reflux dans le souffle de Brahma, in and out, en deux temps, Yin Yang et tutti quanti! La conciliation des antithèses se fait dans le mouvement. L'œuvre est là pour laisser les traces de ce tangage pérenne.
Dans l'œuvre nous ressentons le bouillon chromatique, les enchevêtrements et la tension nécessaire au déclenchement du mouvement sans mesure. Les toiles sont des fenêtres sur l'ébullition universelle. Il tisse une trame d'amplitudes récurrentes qui fourmille et tricote, condense et décrypte sur des fonds vibratiles. Le comportement à l'origine de ces circonvolutions est de type neurovégétatif, reptilien. Porté, agité, animé par un élan irrésistible de bouger, pris dans les remous du vivant et la motivation insoutenable du rythme originel. En cela, échappe la simple gesticulation par l'intention de se subordonner à la pure pulsion de se maîtriser de l'intérieur jusqu'à pouvoir perdre à l'extérieur le contrôle du geste d'art. Trajectoire tourbillonnante par des roulis achevés en oscillations virevoltantes. La progression est mécanique, de la statique à la dynamique par friction. On se sent soulevé à l'arraché par le tempo qui tourne sur lui-même. Puis, c'est la décharge involontaire! C'est une expérience existentielle !